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  Société

VENTES DE GARAGE

S’il y a une chose que je ne puis plus supporter chez nous et qui devient aussi populaire que l’a été le gin tonic, ce sont les maudites ventes de garage. Non pas parce qu’on ne peut plus trouver des petits trésors, mais plutôt parce que la chose est devenue l’affaire de tout le monde. Les ventes de garage, c’est comme les abris Tempo. C’est acceptable quand il y en a un de temps en temps. Mais quand on y rencontre des rues complètes de ces abris de plastique, ça devient immensément quétaine. Une mode devient quétaine dès que le bon peuple s’en empare.

Tant que les ventes de garage permettaient aux familles mieux nanties d’offrir des souvenirs de famille et de la vaisselle d’Angleterre, j’adorais. Mais depuis que les ventes de garage sont l’affaire de tout le monde, je me suis mise à les détester. Il y en a partout dans mon quartier. On y vend des livres poussiéreux. Des objets brisés. Du vieux Tupperware. De la guenille.

Les familles sont là, au milieu de leurs cochonneries et disent aux dix minutes :
« Tab… que le monde achète n’importe quoi!» lorsqu’enfin le vieux pot à eau de chez Kresgee vient de partir à 5$. On les entend s’esclaffer parce qu’ils ont vendu la vieille bassine de pépère ou le vieux Big Wheel de Robert. Le prétexte n’est plus d’aller parler à ses voisins tout en discutant à propos d’une vieille collection de timbres. La cordialité n’est plus de mise puisque les «vendeurs de garage» manquent totalement de savoir vivre, observant leurs visiteurs avec hargne et sévérité.

L’autre jour, mon voisin, quasi millionnaire, a fait une vente de garage. Toutes des vieilles bébelles sans intérêt. Dès qu’un potentiel client s’éloignait les mains vides, je l’entendais maugréer : « C’est ça, venez faire perdre le temps au monde, bande d’enfoirés!».
Je me disais qu’il vaut mieux tout jeter aux poubelles au lieu de faire une vente de garage lorsqu’on ne sait pas vivre.


Ce texte est protégé par les droits d'auteur et n'engage que l'opinion de Francine Allard.
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