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  Société

LE DéSIR

Vous souvient-il du désir que vous éprouviez lorsqu’arrivait le temps des fraises à la fin juin? Quel bonheur c’était. Puis, arrivaient les framboises que vous alliez cueillir dans la meilleure talle le long de la rivière. Puis, en août, les bleuets vous faisaient tourner la tête tout comme la fille de votre voisin dans sa belle robe blanche. Quel bonheur c’était.

Qu’est-ce qui est si différent aujourd’hui? On a tué le désir.

Aujourd’hui, on trouve des fraises toute l’année durant parce qu’elles proviennent du Mexique, de Californie ou d’Israël. Des tomates juives! aurait crié mon grand-père, au bord de la crise d’apoplexie. Aujourd’hui, on a pas besoin d’attendre ni les fraises, ni les tomates, ni de coucher avec les filles. Le désir est si bref! Voilà pourquoi est né le désabusement.

Grâce à la science et à l’atmosphère contrôlée des entrepôts, on n’a plus le désir de croquer dans un pomme d’automne ou dans une tomate d’août. Plus besoin de procéder à la mise en conserve des fruits et légumes comme on le faisait jadis puisqu’on peut les acheter toute l’année durant. Plus besoin d’attendre. Et pourtant, c’est le désir qui est la plus grande joie dans l’attente de n’importe quoi. Même dans l’amour. Les nombreuses ruptures ne seraient-elles pas causées par la surabondance du produit? Par le dégoût? Par la facilité? Moi, je crois que oui. On ne sait plus attendre.


Ce texte est protégé par les droits d'auteur et n'engage que l'opinion de Francine Allard.
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