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  Société

DUTOIT, RUFFO ET BOILARD…

Vous en connaissez de ces hommes et de ces femmes seuls. Pas des pauvres, pas des itinérants, pas des assistés sociaux qui sont eux, entourés s’ils le désirent, d’une armée de psychotoutes qui gagnent leur vie grâce à leur triste condition. Non, je parle ici des personnes qui sont seules comme le juge Boilard. Seul parce que « les avocats ont toujours plus d’indulgence pour les juges courtois qui maîtrisent mal leur sujet. Ceux-là, on en parle moins, on s’en plaint rarement», a écrit Yves Boisvert dans La Presse. « Parce que le juge Boilard a écorché trop souvent des gens inutilement. Mais en plus il nous a rendu cet inestimable service à plusieurs reprises : prendre la parole pour remettre à leur place des gens qui usent mal de leur pouvoir ou en abusent.» a ajouté l’éminent journaliste.

Il y a des personnes comme la juge Ruffo, le chef d’orchestre Charles Dutoit et quelques autres qui sont des gens seuls à cause de leur trop grande foi en l’Homme.

Les gens qui disent tout haut ce que les autres pensent, vous en connaissez. Ont-ils beaucoup d’amis? Sont-ils estimés et respectés? Inspirent-ils la solidarité? Je ne crois pas.
On en connaît tous de ces gens qui ont raison mais qu’on ne veut pas écouter. On préfère les détester ou pire, les ignorer.

Mais le juge Boilard est une plaie nécessaire. Accusé d’avoir vilipendé un avocat qui abusait des procédures dans une cause criminelle impliquant un Hells Angel, le juge Boilard n’a pas accepté que le Conseil de la magistrature le dispute publiquement. Et pour cause. Aimeriez-vous être accusé de ne pas avoir été gentil envers un criminel qui a probablement tué une dizaine de personnes, vendu de la drogue à vos enfants, incité vos filles et vos fils à la prostitution?

J’apprends la semaine dernière que les musiciens de l’OSM regrettent d’avoir donné l’impression d’être d’accord avec leur chef syndical qui a poussé Dutoit à démissionner. Ils voudraient que Dutoit revienne. On n’entend plus parler de l’orchestre symphonique de Montréal depuis que Charles est parti. Maestro Dutoit n’était pas courtois avec les paresseux. Il hurlait devant la médiocrité. Mais il portait l’OSM aux nues et lui donnait toute sa crédibilité. Voilà qu’il est un homme seul lui aussi, comme le juge Boilard.

Les gens préfèrent les personnes courtoises, gentilles et incompétentes parce qu’elles ne dérangent pas. Un jour ou l’autre, on regrette de les avoir poussé à démissionner. Parce que ces grands hommes et ces grandes femmes qui font avancer les causes à force de coups de gueule envers les incompétents, ont le cœur sensible. Et l’orgueil très développé. Alors, ils n’acceptent pas qu’on leur préfère de gentils imbéciles. Ils ne comprennent pas que la plupart d’entre nous préfèrent les menteurs qui nous parlent gentiment aux francs tireurs qui nous disent la vérité.

Vous en connaissez sûrement des leaders, des hommes de droiture et des femmes visionnaires qui font avancer notre société en écorchant certains d’entre nous qui peut-être ne le méritent pas toujours. Vous saurez dorénavant qu’ils sont bien seuls. Parce qu’on ne peut pas aimer quelqu’un qui nous reflète notre médiocrité. Mais avant de les assassiner, pensez à quel point ils nous empêchent de stagner. Qu’ils nous forcent à réfléchir.

Notre système judiciaire a besoin du Juge Boilard. Notre orchestre a besoin de Charles Dutoit. Notre société a besoin de ces gens seuls.

Un éditeur reconnu m’a informée la semaine dernière qu’il ne me publiera jamais, même si mes romans (jeunesse) sont parfois meilleurs que tout ce qui se publie dans le genre. Pourquoi? Il ne me publiera pas parce qu’il a peur de mes coups de gueule. Parce qu’il a peur que je dépiste, que je dénonce si jamais il ne se montrait pas à la hauteur. Vous voyez?

Je me sens parfois bien seule.


Ce texte est protégé par les droits d'auteur et n'engage que l'opinion de Francine Allard.
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