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  Société

LES ENFANTS DE DUPLESSIS

Je me sens très remuée par la requête des Enfants de Duplessis. Je ne sais trop pourquoi. Peut-être que je suis mal à l'aise que des personnes de 60 ans réclament à la génération actuelle de travailleurs une compensation financière pour des sévices (sic) vécus il y a si longtemps.

Et aussi parce que je me souviens de ce vieux grand-père à Saint-Mathieu de Napierville qui a abusé sexuellement de petite filles durant des décennies et qu'aujourd'hui, aucune d'entre elles ne songerait à réclamer le moindre sous des héritiers du fameux Pépère.

Et je pense aussi à Lise Baril qui a vécu au milieu d'une famille de 13 enfants à Verdun; elle arrivait à l'école avec des ecchymoses plein la figure. Et Marcel Lepage, mon petit élève à Ville La Salle qui s'était pointé un matin dans ma classe avec les dents d'une
brosse à cheveux imprimées sur la joue. Et Michèle, mon amie d’enfance, qui se faisait peloter par son père au point d'avoir gâché sa vie affective.

Je me sens très touchée par la requête des Enfants de Duplessis qui ne sont ni mieux ni pires que tous ces enfants élevés par leurs propres parents et qui ont été méprisés et battus. Ça fait encore plus mal d'être battu par ta propre mère, je crois. Mais, on ne poursuit pas une mère qui est rendue vieille et malade. On s'arrange pour oublier, c'est
tout. Et pour ne pas répéter ses erreurs avec nos propres enfants. Je crois que j'ai trouvé: c'est facile de poursuivre des religieuses, des préposés, des curés et des Éminences quand on est tous ensemble. Le pouvoir de l’argent est la seule solidarité que je connaisse.

On peut se délester d'un tas de problèmes psychologiques qui auraient sans doute
été pires si ces enfants s'étaient retrouvés dans des familles d'abuseurs biologiques.

Je me sens très concernée par la requête des Enfants de Duplessis parce que le seul que je connaisse est Bruno Roy, un écrivain qui est leur porte-parole. Pourquoi lui s'en est-il sorti? Pourquoi certains d'entre eux n'ont jamais réussi leur vie? N'est-ce pas ainsi dans tout le reste de la société? Il y en a qui s’en sortent, d’autres qui restent fixés dans leur propre amertume.

Je suis aussi préoccupée par tous ces autres enfants de la même époque qui contestent Bruno Roy et qui veulent élire leurs propres représentants car ils voient là une belle occasion de ramasser une somme importante pour consoler leur enfance blessée.
Je me sens exaspérée par la requête des Enfants de Duplessis parce que si le gouvernement Landry obtempère à leurs vraies demandes financières, il faudra alors créer un Fonds de Charité pour tous ceux d'entre nous qui ont été victimes de parents violents de quelque façon que ce soit.


Ce texte est protégé par les droits d'auteur et n'engage que l'opinion de Francine Allard.
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