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  Société

LES VACANCES SELON FRANCINE ALLARD

Le dico dit (dicodi, on dirait une danse brésilienne) que les vacances sont la cessation des occupations ordinaires. Une halte dans la sarabande de la vie. Un arrêt dans la folie du travail. Une escale dans le dévouement. Une accalmie avant la dépression professionnelle. Un répit avant de tuer quelqu’un! Au secours!

Alors, mon mari m’a hurlé : « Fini le chalet sur le bord du lac des Plages sans douche, sans eau chaude, sans confort. Je veux des vraies vacances! Une chambre climatisée sur le bord de la mer, une femme de chambre et une salle à dîner trois fois par jour! Du luxe, du bien-être et de la fraîcheur! Je veux fuir le macadam toasté, et ne me fais pas croire que le Festival du Jazz, c’est des vacances!»

Mais, mon minou, l’important c’est de décrocher, d’oublier le patron et sa réceptionniste qui vous invite à des soirées de ventes de chandelles. Le nec plus ultra, c’est de revenir bronzé avec tous les camarades qui trouvent que ça paraît. L’ultime, c’est de rester à la maison pendant que tout le monde vous pense en Nouvelle-Écosse. Avez-vous essayé ça? Vous débranchez le téléphone, vous rentrez la voiture dans le garage, vous laissez le journal régional enroulé dans la poignée de la porte, vous annulez La Presse, vous fermez les stores et vous racontez à toute la famille que vous partez pour la Nouvelle-Écosse. Ou pour les Îles-de-la-Madeleine. Vous remplissez deux bouteilles de gaz propane, vous faites provision de chlore à piscine pour que personne ne vous rencontre chez Trévi, vous chargez le congélateur de grillades et le frigo de patates nouvelles, vous bourrez le cabinet de tante Lucie de rhum et de vodka, et vous entourez votre cour de jolies fleurs et le bassin d’eau de carpes japonaises. Quelques CD de jazz, de blues ou de musique latine. Un parasol. Des chandelles à la citronnelle. Une clôture de huit pieds et beaucoup d’amour. Voilà les vacances rêvées.

Personne pour vous demander d’où vous venez. Où vous allez. Voulez-vous nous photographier? C’est beau, les palmiers. C’est rendu cher, les traversiers. Êtes-vous de Ville Saguenay, c’est à cause de votre parler.

Pas de mal de ventre qui vous oblige à vous arrêter à tous les Tim Horton. Pas de B&B avec les salles de bains au bout du couloir. Pas de cartes de crédit qui prennent le reste de l’année à être remboursées. Pas besoin de parler anglais. Pas besoin de danser avec le G.O. qui sent la moumoune!

Juste de belles vacances dans votre cour, au son des cigales. On joue chacun notre tour au cuisinier, on fait l’amour avec la femme de chambre ou avec le mari de la propriétaire juste pour faire semblant. C’est excitant comme tout de faire semblant d’être quelqu’un d’autre. De se découvrir dans tous les sens du mot. De prendre des bains de minuit. De rire de tout et de rien. De s’enivrer sans prendre la route. De jouer à la première fois que. De faire semblant d’être en Nouvelle-Écosse. Pas difficile : on lit les fascicules touristiques sur le sujet, on raconte à quel point, ouf! La Cabot Trail nous a donné le tournis, que les escarpements donnent le vertige, que Peggy’s Cove est belle à vous couper le souffle! Essayez ça pour voir, Je vous promets les plus belles vacances de votre vie. Car l’important c’est de décrocher du monde, pas de vous retrouver avec des milliers de vos congénères dans les lieux touristiques. Mais le plus important encore, c’est de décrocher de vous-même.


Ce texte est protégé par les droits d'auteur et n'engage que l'opinion de Francine Allard.
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