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  Cinéma-théâtre-spectacles

LA CULTURE QUI FAIT MAL

Moi, môssieur, je me suis farci Les souliers de satin, vous saurez. À 14 ans, à part ça. À une époque de la vie où tout est difficile et qu’on a davantage le goût de fumer un joint avec les aminches que de s’asseoir au Gésu pour assister à une pièce de Claudel qui dure 3 heures et demi! Et quatre fois par année, môssieur, les religieuses nous menaient à la Place des Arts pour entendre, sans avoir le droit de bâiller, aux concerts de l’OSM sous la direction de Zubin Metha ou de Pierre Hétu. Et j’ai lu, parce que j’étais obligée, Citadelle de Saint-Exupéry, une brique de plus de 500 pages, il me semble. Et Charles Péguy, môssieur.

Je me rappellerai toujours cette merveilleuse professeure haïtienne Mme Benjamin, qui nous avait dit, un jour que nous reculions devant une œuvre plate de Malraux, La condition humaine, peut-être, elle nous avait dit : la culture, mesmoiselles (sic), c’est souvent fournir un gros effort! J’en ai conclu dès lors, que les gens cultivés sont seulement plus patients et dorment sûrement beaucoup la nuit. Ou bien, ils sont capables de dormir les yeux ouverts ou de penser à autre chose pendant l’opéra Aïda. Parce qu’il faut bien le dire, la culture, c’est souvent ennuyant. Mais comme on est heureux lorsqu’on a fait l’Effort.

Je ne parle pas des œuvres tralala comme Irma la douce, ou L’homme de la Mancha qui ne nous laissent pas une seconde de répit, je parle des pièces dites «classiques», Corneille, Racine ou Claudel. Je parle des romans de Flaubert ou de Bernanos. Je parle des films de répertoire en noir et blanc. Je parle des grands ballets canadiens quand il ne dansent pas Casse-Noisette. Je parle même des prix Goncourt. Toutes ces œuvres que les snobs cultivés nous lancent par la tête pour nous impressionner, oubliant de dire qu’ils ont ronflé toute la soirée.

Les gens qui ne sont pas cultivés ont simplement choisi de ne pas souffrir. Ils ont choisi la voie de la facilité. C’est tant pis pour eux. Mais quand j’entends les spécialistes en éducation dire que les enfants actuels, surtout les garçons, ne veulent plus fournir d’efforts, je les crois. Parce que les efforts représentent de la douleur. Et alors, puisque les parents ne fournissent pas d’efforts pour réussir leur vie conjugale, puisque papa ne fournit pas d’effort pour payer sa pension alimentaire, puisque maman … pourquoi les enfants en fourniraient-ils? Et ça m’a fait penser à cette pièce de Claudel présentée au Gésu en 1964. Plate, vous l’ai-je dit? Plate à dormir. Mais, je me souviens encore du vieux Pelage, de don Rodrigue et de dona Pouhèze et leur immense souffrance. Aussi, me suis-je promis de ne plus jamais lire Claudel. Plus jamais. Mais comme je suis reconnaissante qu’on m’aie forcée à m’y plonger une heure ou deux!

La culture c’est comme la maladie
Quand on en sort, on apprécie l’avoir connue
(c’est de moi).


Ce texte est protégé par les droits d'auteur et n'engage que l'opinion de Francine Allard.
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