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UN CIEL TROP CLAIR

Nous sommes samedi le 7 septembre par une nuit chaude , sous un ciel d’encre.
Nous habitons la banlieue nord de Montréal et nous venons de quitter nos bons amis Maurice et Jacinthe qui vivent à Oka. Tout à coup, en circulant sur l’autoroute 640 en direction de Saint-Eustache, nous remarquons le chatoiement du ciel. Des courants laiteux qui s’agitent comme de longs fantômes langoureux. Des aurores boréales! J’exhorte mon conjoint de s’arrêter sur le bord de l’autoroute mais des voitures, venant de l’ouest, se croient sur la piste de l’Autodrome Saint-Eustache. Nous ne prendrons pas la chance d’être happés et mourir ainsi, sous le plus beau ciel de l’été. Alors nous nous mettons à sillonner les routes secondaires. Deux-Montagnes, Sainte-Marthe-sur-le-Lac. Des réverbères partout. Nous enfilons sur le boulevard Industriel. Des usines outrageusement éclairées comme la prison de Sainte-Anne-des-Plaines. Nous avançons avec l’espoir de trouver un endroit assez noir pour voir bouger les aurores comme des bancs de poissons argentés au milieu de la mer. Nulle part ne trouve-t-on un lieu qui ne soit éclairé. Nous attrapons un rang en pleine campagne : le rang de la petite rivière sud. En temps normal, y’a pas plus trou que ce rang qui serpente entre les arbres le long de la rivière des Chênes. Des lampadaires, des spots sur les faîtes des granges, des réflecteurs au-dessus de la porte des garages. Nous atteignons Saint-Benoit de Mirabel. La luminosité de l’aéroport de Mirabel se mêle à la blancheur des aurores nous les rendant indéchiffrables. Déçus, nous revenons à la maison nous promettant cette petite maison sur le bord d’un lac perdu, au nord de Mont-Laurier, là où il n’y a que les étoiles pour éclairer le ciel.

Quand c’est rendu que la campagne n’existe plus, il faut aller plus loin encore.


Ce texte est protégé par les droits d'auteur et n'engage que l'opinion de Francine Allard.
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