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  La famille

LA PETITE SARAH

Je dédie ce texte à Jean-Claude Boucher, il se reconnaîtra.

Je vais surprendre toutes mes lectrices assidues et surtout mes lecteurs en posant une question qui me brûle les lèvres : pourquoi est-ce un drame effroyable quand un homme enlève sa petite fille alors que la très grande majorité des femmes séparées le font allègrement? Elles ne quittent pas toutes le pays. Elles procèdent plus subtilement. Elles retirent lentement le père de la tête de leurs enfants en souillant les souvenirs, en tuant l’attachement que ses enfants pourraient éprouver pour lui.

J’entends le psychiatre Pierre Mailloux me répondre que les enfants appartiennent aux femmes. Que la femme est plus compétente que son mari pour s’occuper des enfants. Le bon docteur Mailloux raconte depuis des années à des auditeurs ébaubis que le père n’est qu’un maudit Gusse qui ne mérite pas l’amour de ses enfants. Et les femmes, qui forment le public le plus assidu de CKAC, sont rassurées (IL S’AGIT D’UN ANIMATEUR RADIO QUI FAIT DES CONSULTATIONS EN ONDES ET QUI EST TRÈS POPULAIRE ET CONTROVERSÉ AU QUÉBEC ndl).

Fabienne Brin s’amène au Canada pour retrouver sa fille Sara, enlevée par le très méchant Marc Habib Eghbal. Bien sûr, il est accusé de lui avoir découpé la figure lors d’une grosse colère et pour cette raison, il fallait retrouver le type et le mettre en prison. Je suis d’accord. Mais Fabienne Brin voulait surtout lui retirer sa fille qu’elle n’a pas vue depuis trois ans. Le monde s’est laissé émouvoir par leurs retrouvailles.

Quand verra-t-on le bon peuple s’apitoyer sur les pauvres pères privés de voir leurs enfants? Quand la justice comprendra-t-elle le désespoir de tous ces pères qui ne voient plus leurs enfants parce que leur femme a tout mélangé. Quand la justice avouera-t-elle avoir fait fausse route depuis trente ans en appuyant les femmes contre leurs maris? Quand la médisance envers les pères sera-t-elle aussi sévèrement punie que les cas de propos diffamatoires? Quand la justice punira-t-elle aussi les femmes pour avoir tué l’image de leur conjoint dans la caboche de leurs enfants?

Je connais des tas de jeunes qui auraient voulu aimer leur père. Qui auraient voulu le connaître autrement que par ses accrochages conjugaux avec leur mère. Qui auraient tant bénéficié d’une relation équivalente avec les deux parents. Que peut-on faire lorsque deux adversaires en arrivent aux coups? Nommer un arbitre. Placer les enfants dans un foyer neutre jusqu’à ce que les parents aient fini de s’entre-tuer. Encourager la garde partagée. Punir le conjoint qui démolit la réputation de l’autre. Je ne sais pas, moi.

Dans l’affaire de la petite Sara, les médias ont dit que la fillette pleure parce qu’elle s’ennuie de son papa. Vous voyez? Les enfants sont capables d’aimer un père, même s’il a abîmé la figure de maman. Même s’il s’est enfui au bout du monde. Même s’il était prêt à tout pour l’amour de sa petite Sara.


Vous vous en doutiez, les droits d’auteur ne font vivre personne au Québec. Pour ce faire, le bon Ministère de l’Éducation en collaboration (le croiriez-vous) avec le Ministère de la Culture a mis sur pied un programme intitulé : Rencontres Culture-Éducation, permettant aux écrivains de visiter les enfants dans les écoles. Une occasion inestimable pour prendre contact avec nos lecteurs.

Je participe à ce programme depuis maintenant quatre ans. J’ai vu des enseignants corriger les travaux d’élèves pendant que je parlais; des enseignants qui buvaient mes paroles pour s’inspirer d’une autre pédagogie; d’autres encore qui rêvaient d’écrire à leur tour. J’ai vu des élèves se curer le nez pendant que je m’évertuais à secouer leur imaginaire; d’autres qui tenaient un de mes romans contre leur cœur; d’autres encore qui venaient de découvrir le monde.

Cette semaine, j’ai vu des enseignants syndiqués annuler les rencontres Culture-Éducation pour enhardir leurs mesures de pression. J’ai vu MA commission scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Iles refuser les visites des écrivains dans les écoles pour punir ses enseignants qui, m’a répondu le conseiller pédagogique, ne méritent pas ces rencontres puisqu’ils ne veulent pas faire le suivi nécessaire après la visite de l’écrivain. À la commission scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Iles, les enfants ne rencontreront pas les écrivains qui s’évertuent à écrire de belles histoires pour eux. Parce que des adultes se disputent autour d’eux.

Je crois une chose cependant. Pour une fois, les enseignants tenaient là d’excellents moyens de pression : les artistes. La culture. Ils auraient pu faire courir leur cheval de bataille et convaincre le quidam qu’ils en ont assez de croupir dans des écoles vieillottes, des bibliothèques scolaires vides, de l’assistance presque nulle, de la collaboration avec les parents quasi inexistante et une cote de popularité complètement à plat. Ils auraient pu, s’ils avaient été solidaires dans toute la province, refuser de recevoir TOUS les intervenants culturels, artistes et écrivains dans les écoles. Là, on les aurait écoutés. Parce que je dois vous le dire, la situation dans les écoles est le plus grand drame social actuel. Les enseignants méritent qu’on les écoute religieusement parce que nos enfants sont devenus des plantes carnivores.

Mais, la solidarité n’a pas été au rendez-vous. Encore une fois. Les syndicats n’ont pas arrimé leurs mesures de pression. Certaines écoles ne reçoivent pas les écrivains. D’autres ne s’occupent pas des recommandations de leurs représentants syndicaux et ouvrent leurs classes à la visite.

Pendant ce temps-là, les enfants s’interrogent et se demandent comment respecter ces adultes qui ne savent même pas que l’imaginaire des livres est étroitement lié à l’enseignement du français.


Ce texte est protégé par les droits d'auteur et n'engage que l'opinion de Francine Allard.
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