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LES AGENTS D’IMMEUBLE

Le désir de déménager me prend tous les cinq ans. Depuis quelque temps, je rêve à une maison canadienne ou normande sur le bord d’un cours d’eau.
Je me suis plongée dans les magazines immobiliers, je regarde les maisons à vendre à la télévision. Je suis presque devenue agent d’immeuble moi-même tant je connais les maisons, les secteurs, les prix. Je sais qu’une piscine ne donne pas beaucoup de valeur à une maison mais qu’une cuisine rénovée, oui. Je sais que pour un coin de rue, on paye le double de taxes municipales.

Le mois dernier, ô bonheur, j’aperçois une maison canadienne à Saint-Placide dans les Basses- Laurentides. Trois chambres, et une cuisine rénovée, un foyer de pierre et surtout, le bord du lac des Deux-Montagnes! Le prix? 259,000$. Un peu cher, me dis-je intérieurement. Je fais des calculs, je téléphone à l’agent Remax et je me précipite pour aller voir la maison de l’extérieur. La route 344. Une rue de nom d’oiseau presque rendue à Saint-André. J’emprunte le petit chemin de terre tellement boueux que je rase de me prendre dedans. De chaque côté, d’horribles petits chalets tout décrépits, des amoncellements de cochonneries, puis la maison au toit rouge que j’avais aperçue dans le magazine. Un terrain d’environ 12 000 pieds carrés. Derrière la maison en bois traité vert pomme, une dompe. Une montagne de vieux pneus, des ressorts de lit, des blocs de ciment. Un petit bord de l’eau sans intérêt et une descente de bateau à deux mètres de la piscine hors terre. Une descente de bateau pour tous les voisins qui doivent s’en prévaloir de mai à octobre. 259,000$ vous ai-je dit.

La jeune agent immobilière qui comptait me vendre la maison n’avait même pas l’air étonné quand je lui ai dit qu’elle avait surévalué la maison. Moi, je n’aurais pas payé 120 000$ pour cette maison. À cause de l’environnement. À cause des petits chalets laids. À cause de l’éloignement.

Ces agents font grimper les prix dans certains secteurs qui ne le méritent pas. Ils sont responsables des hausses de prix et de leur manque de jugement.

J’ai ensuite visité quatre maison vendues par Remax et je vous jure que toutes, elles étaient au-dessus de leur prix réel, genre 50 000$ à 100 000$ de trop. Que voulez-vous, dirait le premier ministre. C’est le temps de vendre.


Ce texte est protégé par les droits d'auteur et n'engage que l'opinion de Francine Allard.
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