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PETIT HéROS AU GRAND CœUR

Grande nouvelle! Le ministère de la Guerre et des anciens combattants a fait toute une découverte! Ils ont identifié les restes de Joseph Adrien Thibaudeau de Saint-Eustache, jeune soldat mort dans son avion le 5 mai 1943, durant la Seconde guerre mondiale.

Les journaux se sont empressés d’aller rencontrer la sœur du héros, la comédienne Claudine Thibaudeau (14, rue de Gallais; La pension Velder, Radio-Carabin) pour lui soutirer quelques larmes. Bien sûr que Claudine a dû pleurer en silence en 1943, telle que je la connais. Elle n’a jamais cessé d’évoquer la mémoire de Chonchon, en réprimant des soupirs longs comme la pluie d’automne. Comme il était beau dans son costume de gradué du collège. Comme il avait le tour avec les dames. Mais aussi, se souvient-elle, comme il aimait le défi et les avions.

Chonchon s’est enrôlé dans l’Armée canadienne comme un jeune d’aujourd’hui fait du bungee ou de la course automobile. Par goût du risque. Il avait été élevé par des parents pacifiques qui détestaient la guerre. Leur père, le docteur Thibaudeau, avait appris à ses trois enfants qu’il vaut mieux aider les autres et les respecter que de leur faire la guerre. Défilaient chez les Thibaudeau des artistes, des ambassadeurs, des poètes. Aucun ministre de la Guerre, il va de soi. Ils détestaient tant la guerre que Jean-Claude a réglé son envie de voler en avion autrement : il est devenu créateur de cerf-volants. Ainsi, il peut serpenter entre les nuages sans risques de se faire tuer comme son frère. Et Claudine elle, a choisi de s’envoler par la poésie.

Elle est apparue dans tous les quotidiens du Québec, tenant la photo d’Adrien. « Je vous défends de dire qu’il est un héros de cette guerre que je déteste tant! Contre laquelle je me suis insurgée depuis que je suis petite fille. Je vous défends de vous servir d’Adrien pour justifier l’existence même de votre armée!».

Quels effets la découverte des restes de son frère Adrien, mort il y a 60 ans, a-t-elle eus sur mon amie Claudine, elle qui a toujours rêvé que la porte de sa maison – l’ancien cabinet du docteur Thibaudeau à Saint-Eustache- s’ouvrirait un jour sur un homme vieilli qui lui dirait : « Salut, Doudou, je suis revenu tu sais. J’en ai eu assez de l’Europe, j’ai préféré revenir chez nous». Rêveuse, Claudine? Poète, surtout.

«Je dis les maux du corps/ les mots du cœur/ les démons des mondes d’ici/
l’au-delà/ l’eau de la fontaine/ la solitude/ le sol/ le soldat» a-t-elle écrit.
Alors, qu’on ne vienne pas remuer la vieillesse tranquille de la poète avec tous ces morts, avec toutes ces bonnes intentions.
À ta santé, Adrien Thibaudeau ! Et hop la vie !


Ce texte est protégé par les droits d'auteur et n'engage que l'opinion de Francine Allard.
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