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  Littérature

L'HOMME DE GERMAINE

L’HOMME DE GERMAINE
Claude Jasmin


On aurait pu intituler ce roman : La femme qui aime trop et bien mal. Mais il est fascinant qu’un auteur masculin ait pu imaginer une femme qui puisse autant pardonner les frasques d’un Gilles Bédard aussi perturbé. Oui, il existe encore de ces femmes dont l’amour est si fort que rien ne puisse l’altérer et Jasmin a dû rêver comme bien des hommes de sa génération, que la femme, débarrassée de son étiquette de féministe, puisse aimer avec autant de passion.
Les féministes, en fait, ont dû jaspiner lorsqu’a été publié L’Homme de Germaine! J’en ris.

Ici, la suite de Pleure pas, Germaine présente un Gilles Bédard en fuite. Plusieurs romans (tous?) de Claude Jasmin présentent cette fuite si chère à l’auteur. Une fuite oui, mais toujours suivie d’un voyage par étapes, dans des lieux qui se succèdent à un rythme juste assez lent pour qu’on ait le temps de s’attacher un peu aux personnages. Donc, Bédard et sa Germaine, installés en Gaspésie, coulent une vie heureuse et Gilles transporte les touristes au Rocher Percé dans son yacht d’occasion. Un bon après-midi, deux amerloques exigeantes veulent s’approcher plus près que d’habitude et le bateau se fracasse sur le rocher et les deux touristes se noient. Bédard est accusé de négligence criminelle et surtout de ne pas avoir eu en sa possession son permis d’exploitation… délivré, apprend-on, quelques jours avant l’accident mais retardé par Postes Canada (quoi de neuf?). Il n’en fallait pas plus à Jasmin pour créer une fuite et un périple lui permettant de présenter différents personnages et lieux, ce qui crée alors un mouvement vif et tenant en haleine le lecteur.

Le rythme est fou et, comme une partie de tennis, notre attention est dirigée tantôt à droite chez Germaine, atterrée par la fuite de son amour, et à gauche, du côté de Gilles, décidé de ne plus faire souffrir celle qu’il aime. Du côté de Germaine, il y a sa bonne amie qui tente désespérément de l’inciter à oublier cet ivrogne malhonnête qui l’a toujours fait pâtir, et du côté de Bédard, il y a cette autre femme qu’il rencontre et avec laquelle Bédard fera l’amour.

Sur sa route, Bédard trouve toujours quelqu’un qui, par hasard, lui offre du travail, il trouve toujours, ce qui peut devenir agaçant pour le lecteur et peut paraître exagéré, une bonne âme pour l’écouter comme si ce bougre d’homme était un modèle à suivre. Autrement dit, Gilles Bédard exaspère autant sa Germaine que le lecteur.

Les amis buveurs de Bédard le couvrent jusqu’à ce qu’enfin, le fameux permis d’exploitation arrive et qu’il soit prouvé qu’il avait été émis avant le fameux accident. Gilles Bédard revient mais décide de ne plus faire souffrir Germaine et de ne pas se rendre auprès d’elle. Qu’à cela ne tienne, Germaine se rendra auprès de lui dans sa petite chambre à louer et ils passeront une nuit d’enfer.

Je suis restée fixée sur la réflexion qui oppose les féministes et ces femmes qui feraient n’importe quoi pour leur homme. J’ai surtout souri en songeant à Jasmin qui nous a donné là une bonne leçon de tolérance et qui a perpétué, tel qu’on nous l’a enseigné, l’idée que le mariage est pour la vie et que la femme doit respect et dévotion à son mari. Personnellement, je dois dire qu’empreinte de pathétisme, cette dernière solution est encore actuelle et donne parfois d’étonnants résultats. L’amour vainc toujours? Je me le demande encore.

En tout cas, j’ai passé un très bon moment de lecture parce que Jasmin s’y connaît en mouvement, en trame effrénée, en dialogues courts et efficaces et surtout, en sentiments contradictoires. Je le soupçonne cependant de rêver qu’il y ait encore de ces femmes soumises qui pardonnent toutes ses frasques, si jamais il en était coupable.





Ce texte est protégé par les droits d'auteur et n'engage que l'opinion de Francine Allard.
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