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  Littérature

PâQUES à MIAMI

PÂQUES À MIAMI
Claude Jasmin


Voici un roman de fiction mais qui reste résolument collé à la réalité de l’auteur. On y retrouve les mêmes questionnements, les mêmes thèmes, les mêmes désespoirs.
Le désaveu du père envers son fils qui n’a pas suivi la route prévue. On y retrouve le même Edmond, le même Clovis, le même Clément que dans les autres œuvres de Jasmin. Étonnant, mais conforme.

Ici, Antoine Lefébure, le narrateur, est un raté, un type sombre qui cherche à se repentir, à revamper l’image que son père a de lui. Jasmin a su injecter un peu de tendresse dans ce père qui finit par lui devenir indispensable. Il tente ici de demeurer dans la fiction mais celle-ci le ramène toujours vers la réalité de La vie suspendue.

Lefébure est un animateur de radio (CJMF) déchu qui est recherché par la police pour des actes d’abus de confiance. Il désire fuir aux États-Unis pour y refaire sa vie. Il apprend que son père a été conduit à l’hôpital et il va «enlever» celui-ci pour l’aider à réaliser ses rêves avant de mourir. En passant à Chersey, il fait la connaissance d’une sainte femme qui a des apparitions de la Vierge. Il verra là son profit et ne résistera pas à se lancer dans la magouille. Nous assistons alors à un cheminement paradoxal : plus Lefébure retourne à son image de mauvais garnement, plus il se rapproche de l’image de bon fils dont son père a toujours rêvé.
Changement de cap : son frère Raymond qui lui, a toujours paru un bon fils au yeux même d’Edmond, s’avère le pire des truands.

J’oserai ici une comparaison avec le film Les invasions barbares à cause du parallèle qui existe entre la relation de Clovis (Antoine) et son père et celle de Rémy et son fils Sébastien. La maladie du père et les efforts du fils pour lui donner un peu de bon temps avant sa mort. Le fils de Rémy qui magouille, l’incompréhension entre le père et le fils qui se transforme en amour plus la mort approche.

J’aimerai toujours les questionnements de Jasmin au sujet de ces enfances qu’il compare constamment : la sienne qui a été heureuse dans Villeray (narrée dans La petite patrie) et celle qu’il fait vivre à certains de ses personnages comme s’il était gêné lui, d’avoir connu plus de chance.

Le petit bonheur tranquille serait-il à ce point inintéressant pour le lecteur, que l’écrivain doive lui adjoindre des moments malheureux? En tout cas, Pâques à Miami, malgré certains passages étonnants (comme le retour de cette amoureuse et de sa petite fille qui s’attache à Antoine) et rocambolesques, je dirais même jamesbondiens, reste un roman fort bien rédigé qui devrait se retrouver sur la liste des romans obligatoires dans tous les collèges pour la représentation d’une langue et d’une culture québécoises bien trempées.

Francine Allard



Ce texte est protégé par les droits d'auteur et n'engage que l'opinion de Francine Allard.
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