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  Cinéma-théâtre-spectacles

CABARET AU RIDEAU-VERT

Le théâtre du Rideau-Vert, qui a fêté ses 50 ans de vie artistique il n'y a pas si longtemps, perd son cher Serge Turgeon et annonce en plus qu'il n'a plus les reins assez solides pour nous offrir une programmation pour 2004-2005. En lieu et place, on y présente CABARET, une comédie musicale, un livret de Joe Masteroff, musique de John Kander, paroles de Fred Ebb.
J'y suis allée tout en sachant que l'époque (1930) et le lieu représentés allaient fort évidemment être olé-olé!
En 1930, la montée du nazisme est présente et bien réelle. L'époque ne jure pas trop avec les années 2000 puisque dans Cabaret, la bisexualité, l'homosexualité, l'amour à l'avenant, la griserie de l'alccol, la cocaine, tout est là.
Le show repose sur l'excellent MC François Papineau qui chante et qui danse (surtout) comme un dieu. Le rôle de l'écrivain américain Bradshaw, qui séjourne à Berlin et tenu par Stéphane Gagnon, finit par être le plus effacé à cause de la splendeur de Sally Bowles (Sylvie Moreau) qui a pourtant bien du mal à nous faire oublier Catherine (Radio-Canada). Celle qui pour moi remporte la palme, parce qu'elle représente aussi la bonne morale qui nous fait un peu oublier cette époque dévergondée, est sans conteste Fraulein Schneider, ce soir là incarnée par Véronique Le Flaguais. Avec Paul Doucet (Jean Duceppe à la télé), Le Flaguais forme le plus joli couple jamais présenté au théâtre (mis à part le tandem Schmidt-Provost dans Aléola de Gaétan Charlebois, présenté au Rideau-Vert en 1980).
La mise en scène de Denise Filiatrault est toujours aussi extravagante et présente certains côtés grivois qui auraient pu être évités (Rosie s'appelle ainsi parce que ses lèvres sont roses, dit le MC en écartant les jambes de la jeune fille). Mais la metteure en scène finit par nous faire oublier ce côté un peu moins reluisant de l'avant-guerre où les moeurs s'ouvraient comme des roses, en dirigeant sa troupe avec une main de fer. Pas un poil ne retrousse.
On ne voit plus que la danse, la musique et la liberté.
J'espère que le Rideau-Vert remplira ses salles, comme à Broadway où les bons musicals durent plus de 25 ans, afin de continuer, ses coffres remplis, à nous présenter ces si bonnes pièces dont certaines sont devenues inoubliables. Je songe à William S. certes le chef d'oeuvre théatral d'Antonine Maillet; je songe à Aléola de Gaétan Charlebois; Encore une fois si vous le permettez de Michel Tremblay; Grace et Gloria de Tom Ziegler qui nous a révélé une Viola Léger si touchante; Deux pianos, quatre mains avec un Jean Marchand et un Gregory Charles inoubliables.La déprime, une pièce qu'il faudrait reprendre sans faute; le brillant spectacle 100 ans de chansons,et enfin Chapeau qui nous a révélé un Jean Besré absolument génial.
Longue vie au Rideau-Vert.
Et longue vie à Cabaret que je vous recommande sans hésitation. On en ressort avec une totale admiration, la gorge serrée et de la musique plein la tête. Et surtout, je dirais, avec une plus grande tolérance, ce qui n'est pas rien.
PS: Lire: Petites malices et grosses bêtises, publié aux éditions Pierre Tisseyre dans lequel ma nouvelle intitulée Molière et les épingles à linge est un coup d'oeil au théâtre du Rideau-Vert.


Ce texte est protégé par les droits d'auteur et n'engage que l'opinion de Francine Allard.
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