Retour à l'accueil

  Petites vites

LES BOUGON: AU-DELà DE LA DéCENCE

Les Bougon : l’innocence des enfants

Francine Allard, écrivain

Je ne suis pas comme la plupart de mes relations qui se vantent de ne pas écouter Les Bougon, comme à l’époque on écoutait le canal 10 en pitonnant par erreur. Quand je le pouvais, j’écoutais attentivement Les Bougon, pour plusieurs raisons. J’en avais dans mon entourage de ces gens peu scrupuleux qui exerçaient leur talent de bandits à trouver les meilleures passes pour fourrer quelqu’un. Qui voyaient, dans les femmes nues de ces magazines qu’on ne lit que pour les articles, une façon de tenir éveillés leur havane en rut et leurs rêves de pauvres abrutis qui ne pognaient pas avec les filles. Qui se rinçaient les dents avec une Labatt tablette. On en connaît tous.

Ma motivation était celle d’une auteure curieuse qui se demandait jusqu’où allaient se rendre les auteurs de cette étrange demi-heure de télé. Je trouvais au début qu’ils avaient du courage et j’admirais le talent de Rémy Girard et de Louison Danis, mon personnage préféré étant le mononcle et ses yeux intelligents.

Hier soir, le 10 novembre, ils sont allés trop loin. Je peux rire et sanctionner bien des formes d’humour, mais celui de l’émission d’hier est allé beaucoup trop loin. Malgré certaines trouvailles (la pute aux sous-vêtements texturés pour que son client aveugle la repère aisément le problème c’est que je ne sais pas s’il me caresse où s’il me tâte pour retrouver son chemin, expliquait-elle à sa mère) et même les photos de fille tout nue que Junior a trafiquées en y ajoutant la tête de Véronique Cloutier. Mais lorsque j’ai aperçu la pute (je ne me rappelle pas son nom) se faire payer par des jeunes garçons de 10-12 ans pour se montrer seins nus dans la fenêtre de sa chambre, alors là j’ai sauté de mon siège. Et j’ai eu honte pour les casteurs de ces jeunes comédiens. Et pour les parents qui ont accepté que leur enfant joue dans une scène pareille. Bien sûr, on me répondra que les jeunes comédiens n’ont pas vraiment vu les seins de la pute, que c’était un montage, reste qu’on est bien naïfs de croire qu’à 21 heures, les enfants sont couchés. Et cette jeune asiatique adoptée par les Bougon est selon moi, bien mal tombée. Ses vrais parents ont tout de même accepté qu’elle prononce toutes ces insanités que les auteurs lui ont mis dans la bouche!

À la télévision, on n’a pas le droit de maltraiter les animaux pour de vrai. On doit faire semblant. Et voici que pour les besoins d’une émission populaire, on place des enfants dans des situations résolument indécentes. On a poussé même l’effronterie jusqu’à remplacer les tétons de la pute par ceux, plus volumineux et rasés de Junior pour les faire toucher à un enfant à qui on a bandé les yeux et qui a payé pour cette aventure moche. Il n’y a vu… que du feu.

Encore une fois, je n’ai pas pensé au comique des situations d’hier. J’ai pensé aux parents de ces jeunes comédiens qui ont sanctionné ces scènes dégradantes pour une poignée de dollars. À quand une Protection des jeunes comédiens à l’UDA? En tout cas, je réagis parce que je ne supporte pas qu’on fasse mal aux enfants, même si leurs parents ont signé le formulaire. Même si on me répète qu’aujourd’hui, les jeunes commencent à faire l’amour à 13 ans. Même si on me jure que les enfants ont perdu leur innocence. Je n’accepterai plus d’en être le témoin.



Ce texte est protégé par les droits d'auteur et n'engage que l'opinion de Francine Allard.
2017 © Francine Allard.com. Tous droits réservés.


Retour en haut