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  Santé

ARRACHEURS DE DENTS!

Dans la colonne des décès de ce début janvier figurait (façon de parler) mon dentiste lorsque j’habitais Verdun dans les années soixante. Jamais je n’avais songé à ce bougre d’arracheur de dents avant cette parution. Jamais je n’avais oublié cependant, dans l’enchevêtrement de mes souvenirs, la douleur qu’il infligeait à ses patients.

Le dentiste J., c’était un sujet tabou. On avait mal aux dents, on savait qu’en sortant de son cabinet, notre bouche était soustraite d’une ou deux molaires, remplaçables ou non.

C’est lors d’un conventum des étudiantes de l’école secondaire Margarita de Verdun que j’ai pu enfin comprendre que nous avions toutes été des victimes du fameux dentiste. Nous étions toutes là, devenues adultes, en train de crouler de rire sous les souvenirs de la douleur engendrée par cet arracheur de dents sans compassion. Le dentiste J. ne nous faisait aucune piqûre d’anesthésique local avant de plonger sa grosse pince de fer entre nos maxillaires tremblants. Il ne faisait aucune radiographie pour connaître l’étendue des dégâts avant d’extraire la coupable. Ce que je me souviens le plus, c’est ce rictus sur son visage pendant qu’il jouait à l’excavateur, métier qui lui eût sans doute mieux convenu.

Le dentiste J. est mort. Que Dieu aie son âme. Que Dieu aie l’âme de tous les dentistes qui ont plongé toute une génération de babyboomers dans la hantise d’aller chez le dentiste. Que Dieu pardonne à tous ces dentistes auteurs de tant de râteliers dans la bouche de mes congénères.
Pour que nous ne gardions pas une dent contre eux.


Ce texte est protégé par les droits d'auteur et n'engage que l'opinion de Francine Allard.
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