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  Santé

LES FEMMES MéDECINS

En 1992, j’ai, pour étoffer mon essai sur notre système de santé québécois, réalisé plusieurs entrevues parmi quelques amis médecins. Ne dites rien : je collectionne les amis médecins comme d’autres, des amis enseignants. C’est une question de conjoint, pas une question de snobisme. Na! Je me souviens de ces paroles de la directrice littéraire de chez Stanké qui ont assassiné mon projet : Éclipse sur la carte soleil : « Tu vas te faire écraser par le Collège des médecins si tu dis ÇA!»

Le «ÇA» en question, c’était des révélations étonnantes de médecins qui en avaient marre des femmes en médecine. La directrice n’a pas voulu publier mon essai parce que j’y disais des vérités sur la montée des femmes en médecine. Plusieurs médecins avaient alors dénoncé le fait que les femmes médecins ne travaillent pas la moitié des heures que les hommes médecins consacrent à l’hôpital, aux gardes à l’urgence. Elles sont enceintes, vivent le retrait préventif; c’est le petit qui a une otite, elles n’ont pas dormi de la nuit, veux-tu me remplacer pour la garde de ce week-end, y’a mon plus vieux qui fait sa première communion. Le docteur D’Annunzio, obstétricien très engagé dans les choses syndicales m’avait dit : « les femmes en médecine, ça va nous mener à la pénurie de docteurs et il sera trop tard.» En 1992, il y avait à peine 40% de filles dans les facultés de médecine. En 2003, elles représenteront 81%. Et elles continueront, je l’espère, à être enceintes, à s’occuper de leur petit dernier qui a la fièvre et à ne faire que 20 heures de bureau par semaine et à refuser de travailler les fins de semaine. Et s’ensuivront toutes ces prédictions du docteur D’Annunzio de Saint-Eustache.

Il avait raison, mon bon docteur Mario. Ce matin, dans La Presse, Jean-Paul Charbonneau raconte que l’hôpital Saint-Eustache a fermé son département d’obstétrique où l’on pratiquait plus de 1500 accouchements par année. Désormais, les petites mamans devront accoucher à Saint-Jérôme à 30 minutes! Le bon docteur d’Annunzio et son compère Légaré, devront se rendre à Saint-Jérôme pour accoucher leurs patientes parce que les quatre filles gynécologues en ont eu assez de travailler et de négliger leur famille. Après 10 ans de vie professionnelle active, ces quatre jeunes femmes ont découvert qu’elles avaient des enfants et une vie de famille. Voilà où le féminisme à outrance nous a menés. Et ce n’est que le début : la gynécologie universitaire ne compte plus QUE des filles. Remarquez que la gynécologie ne regarde pas les gars. J’ai déjà affirmé qu’il y a même quelque chose de pervers dans le fait qu’un homme se dirige en gynécologie. Et je le maintiens à entendre les gynécologues masculins que je connais parler des femmes. Mais si les filles prennent la médecine en main, nous serons probablement soignés avec plus d’humanisme, mais ça nous prendra deux ans avant d’avoir un rendez-vous avec LA docteure. C’est un choix de société, pas vrai?


Ce texte est protégé par les droits d'auteur et n'engage que l'opinion de Francine Allard.
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