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  Littérature

CE SONT LES IDéES QUI COMPTENT?

Je suis tombée en bas de mes pompes! Il paraît que la bonne orthographe est un concept dépassé. Que pendant qu’on s’évertue à examiner les fautes d’orthographe d’un message, on empêche l’essentiel d’une communication de passer. Ce n’est pas moi qui dis ça, c’est la directrice du Conseil de la Culture de ma région.

Je me plaignais, ô si gentiment, de la très mauvaise orthographe des communiqués envoyés par une nouvelle association d’écrivains (!) aux journaux et à ses membres et la directrice d’une institution culturelle gouvernementale m’a répondu qu’elle était au courant et qu’elle « corrigeait leurs fautes et fermait sa trappe!». Une association d’écrivains, mince!

Suis-je une extra-terrestre ou d’une autre époque, si je m’attends à ce que des écrivains ne fassent pas de fautes d’orthographe et de syntaxe lorsqu’ils communiquent officiellement?
Pierre Foglia en parlait justement cette semaine : nous faisons tous des fautes à un moment ou à un autre. Mais, des enseignants qui ne savent pas écrire? Et des journalistes? Et des écrivains? Moi, je suis trop exigeante?

J’ai parlé de cela à une écrivaine jeunesse, directrice de collections chez un éditeur sérieux. Vous savez ce qu’elle m’a dit ? Qu’il faut savoir que des gens ont de grandes choses à dire et accepter de corriger leurs fautes puisqu’il y a des réviseurs linguistiques pour ce faire. Elle a ajouté que des écrivains importants ne connaissent pas la loi linguistique. Des écrivains importants?

Alors, cela voudrait dire que grâce à des directeurs littéraires, à des réviseurs linguistiques, à des éditeurs en panne de manuscrits, il y aurait une foule d’auteurs qui publient sans connaître leur langue? Et bien, mon vieux!

Je me souviens de mes premiers manuscrits au début des années quatre-vingt dix. Plusieurs mots que j’employais étaient mal orthographiés. Je me souviens aussi de la honte que j’éprouvais lorsque j’apercevais les mots soulignés en rouge. Mais jamais il ne me serait venu à l’idée de dire «ce n’est pas grave, les réviseurs sont là pour ça!». Je me suis mise à lire le dictionnaire, à lire tout court. J’ai pris des notes, j’ai rempli des cahiers entiers de mots nouveaux, j’ai utilisé les dictionnaires synonymique et analogique. Je ne pouvais pas imaginer devenir écrivaine sans connaître ma langue. Je voulais bannir ces erreurs orthographiques que d’autres appellent des «coquilles» pour se déculpabiliser.

Il m’arrive encore de commettre des erreurs et certains de mes lecteurs m’en font illico la remarque. Mais jamais ne m’entendrez-vous dire : l’important, c’est le message.

Que Future Shop ou mon plombier fassent des fautes en remplissant ma facture, je ne dirai rien. Mais qu’une association d’écrivains qui veut $10 000 du Conseil des arts et des lettres du Québec pour faire connaître ses membres, ne soit pas capable d’envoyer des communiqués écrits sans faire dix fautes d’orthographe et cinq de syntaxe, vous me verrez au portillon fourbir mes armes!


Ce texte est protégé par les droits d'auteur et n'engage que l'opinion de Francine Allard.
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