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  Littérature

RACONTER SA VIE

N’en avez-vous pas assez de toutes ces bonnes femmes qui racontent leur vie dans un bouquin? Cela m’est apparu si clairement l’autre jour lorsque Paul Arcand recevait une pauvre fille qui a perdu son fils dans une explosion causée par les Hells Angels.
Elle a décidé d’écrire un livre.
Pas grand-chose à dire alors, elle en a profité pour en beurrer épais. Et j’ai eu une enfance difficile, et un policier m’a abusée. Paul Arcand lui a demandé : est-ce un viol? Elle a répondu : non, je l’ai invité chez moi, c’était plutôt de l’abus de confiance.» Et vous croyez que ça vaut la peine d’écrire un livre chaque fois qu’il y a de l’abus de confiance?
J’ai fermé la télé.
La revoilà à une autre émission pour brailler son enfance à plein sanglots. Une pauvre nounoune sans aucun talent!

Moi, j’écris de jolies histoires inventées pour les adultes et les enfants. Je me bats comme un diable dans l’eau bénite comme tous mes confrères et consoeurs écrivains pour en vendre quelques centaines. Et quand nous apercevez-vous à la télévision?

«Raconte quand ta mère t’a battue!». «Écris que ton frère est un cocaïnomane!»

J’en ai marre de ces matantes et de ces mononcles qui n’ont jamais été capables de réussir une dictée de deuxième année, qui se mettent tout à coup à l’écriture d’un livre. Ces Andrée Boucher qui se disent écrivains et qui n’ont eu qu’à étaler leur merde comme on étend du beurre d’arachides sur une toast pour vendre des milliers de livres jusqu’à en perdre la tête.

Les types qui ont fait péter la Brinks et qui décident d’écrire leur pauvre enfance pour excuser leur geste (Et que ça saute ! Éditions Alain Stanké 1997); les pauvres filles qui ont vécu de la prostitution (Putain, Éditions du Seuil 2001) toutes étonnées qu’on les prenne pour les putains de leur livre; les manipulateurs qui ont fourré des centaines de pauvres gens (J’étais un ange mais je n’avais pas d’ailes, Éditions Alain Stanké encore!); les couples d’échangistes qui écrivent un livre qu’ils croient être de la littérature érotique… Il y a plein les salons du livre qui présentent ces merdes qui occultent les véritables talents d’écrivains. Il y en a trop, subventionnés par le Conseil des Arts du Canada avec nos taxes, comme dirait grand-père.

J’en ai marre de ces faux écrivains qui tremblent d’excitation lors du lancement de leur maudit bouquin écrit souvent par un nègre mal chaussé. J’en ai marre des libraires qui comptabilisent les ventes de ces merdes pour les inscrire dans des palmarès sur lesquels les lecteurs se fient pour acheter leur prochaine lecture. J’en ai marre de la facilité. J’en ai marre de hurler et que l’écho ne réponde plus.


Ce texte est protégé par les droits d'auteur et n'engage que l'opinion de Francine Allard.
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