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  Cinéma-théâtre-spectacles

THéâTRE D’éTé ET EAU DE FLORIDE

J’ai déjà écrit ceci sur les théâtres d’été :
«Que se passe-t-il après le 15 juin de chaque année pour que tout à coup, l’amateur de théâtre québécois devienne un crétin ignare à qui les théâtres d’été qui, soit dit en passant, pullulent comme des maringouins sur le bord des lacs, proposent des pièces légères et abrutissantes?
Le secret de leur succès? Un titre idiot, les aventures d’un triangle pervers, un chanteur improvisé comédien pour la chaude saison, des vieilles cocos en bobettes affriolantes et vous avez un théâtre d’été.

Je crois que l’on prend les Québécois pour des demeurés si l’on pense leur offrir du théâtre à leur image, comme je l’entendais de la bouche d’un metteur en scène expérimenté. Le Québécois qui relaxe durant l’été deviendrait-il un idiot friand de quétaineries? Le soleil ferait-il ramollir son cerveau au point qu’il ne pourrait plus comprendre des textes plus étoffés?
Je cite Félix Leclerc dans le Calepin d’un flâneur :
« Il est moins gênant à un amuseur public de dire : le public aime la vulgarité, je lui en donne que de dire : je n’ai pas l’inspiration plus élevée.»

Voilà ce que je disais dans une de mes chroniques de l’époque (1988) où j’ai commencé à critiquer notre société.
Je dois avouer que les temps changent.

J’ai vu hier la pièce de Neil Simon : Les Sunshine Boys au théâtre Le Patriote de Sainte-Agathe. C’est un texte extraordinaire. Les rôles des deux vieux comiques à la retraite ont été interprétés «grandement» par Claude Michaud et Jean-Pierre Chartrand. Celui du neveu qui veut à tout prix les réunir sur scène pour une dernière fois depuis leur rupture, est tenu par Yvan Benoit qui est excellent. Vous avez sans doute vu ce film interprété par Jack Lemon et Walter Matthau.

Claude Maher a adapté le texte de Simon pour le Québec et je trouve dommage cet état de chose. On y parle de Gilles Latulippe, du Théâtre des Variétés, de La Poune, de Tizoune, comme d'un heureux temps de notre belle culture québécoise. Les lieux de Neil Simon sont devenus TVA et Jean Grimaldi. Je trouve que les adaptions ne sont pas toujours heureuses comme si les Québécois avaient peur du dépaysement. Quand une scène se passe à New York, pourquoi la transporter au coin de Panais et Sainte-Catherine?

J’ai aimé cette pièce. Je n’aime pas Claude Michaud que je trouve malsain et pourri comme comédien. Mais je dois avouer que son interprétation du rôle de Willie Cloutier était son meilleur rôle à vie. Il n’a pas tenté de prendre toute la place. Il n’a pas essayé de faire le pitre (ou si peu); il n’a pas étouffé Jean-Pierre Chartrand, excellent dans le rôle d’un Albert Lépine tout en retenue et en finesse.

Le problème, ce n’était pas la pièce. C’était la salle.
Je n’ai rien contre les personnes âgées comme je n’ai rien contre les adolescents quand on les prend individuellement.
J’en ai contre les autobus de l’âge d’or. Contre ses gangs de vieux tout endimanchés qui se rendent au théâtre d’été comme si les choses n’avaient pas changé depuis La Poune ou Manda Parent.

Ils se crient à travers la salle pour parler à un autre vieux. Ils sentent l’Eau de Floride à plein nez. Les organisateurs s’adressent à eux comme à des jeunes en camp de vacances. Et surtout, surtout, ils répètent toutes les répliques des comédiens dans la pièce. Ils rient fort et prononcent le texte AVANT les comédiens. Comme des enfants.

Je n’irai plus au théâtre d’été à cause des spectateurs qui n’ont pas évolué depuis Tizoune. Claude Maher l’a écrit : les mots qui ne finissent pas en OUNE ni en ETTE, ne sont pas drôles. Pénis, ce n’est pas drôle tandis que BIZOUNE! fait crouler la salle de rire. Et il avait raison. Les vieux, ça s’amuse de toutes ces choses qui moi, me font brailler.

Mon mari qui se tient à mes côtés en ce moment vient de dire :
«Le pire, c’est qu’on va peut-être être comme ça quand on va être vieux!»
Je viens de lui répondre : Mieux vaut mourir… avant!


Ce texte est protégé par les droits d'auteur et n'engage que l'opinion de Francine Allard.
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