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  Société

LA PETITE COIFFEUSE

Elle s’appelle Sophie. Elle est coiffeuse. Je la vois pour la première fois. C’est une de ces journées où changer de tête peut te sortir du cafard. Elle a une annulation. Venez à 10 heures 30.
Je me présente. Je lui montre une photo de moi pour qu’elle voit comment je me coiffe habituellement. Parle, parle, jase, jase. Elle a détesté le directeur de la polyvalente Deux-Montagnes, elle a détesté le professeur d’anglais, elle a détesté les filles qui faisaient du hockey cosom. Elle a à peine 20 ans et elle est sûre d’elle.
Des mèches rouges et blondes, madame? Bravo, j’aime les gens flyés.
Elle applique la teinture. Elle m’apporte un café. Elle est serviable. Puis, elle sort son ciseau. Elle coupe. Je dis pas trop courts. Elle me regarde sévèrement. Je sais ce que je fais, madame. Elle coupe encore. Ce que je craignais est arrivé. Mes cheveux sont trop ras. Je les déteste. Puis, elle me dit que je dois attendre avant de brailler. Je lui dis que je les veux en pics. Avec de la laque. «Je n’aime pas la laque, moi madame. J’utilise toujours de la pâte. Laissez moi donc faire!» répète-t-elle. Elle tripote, elle tire, elle pousse. J’ai l’air de sortir de chez la coiffeuse qui coiffe à 10$ dans son sous-sol. Les cheveux plats. La teinture qui ressemble à une éclaboussure ou à un œuf de dinde qui se serait écrasé sur ma tête. Je ne suis pas contente. Pire. Je me sens dix fois plus déprimée que lorsque je suis entrée au salon.

Sophie me dit qu’elle n’aime pas coiffer les nouvelles clientes parce qu’elles lui disent quoi faire. Elle veut la liberté. Sauf que moi, ça m’a coûté 120$. Je paye avec ma carte Interac. Le montant exact? demande-t-elle. Oui, le montant exact. Je suis en furie. J’ai les cheveux lourds et plats sur le crâne. J’ai l’air d’une mémère de 60 ans alors que je suis une écrivaine flyée de 52!

Je reviens à la maison. Ma fille ne fait que prononcer : My God! en m’apercevant. Je téléphone au patron de chez Concept. Il sera là dans une demi-heure. Je dis à la dame qui me connaît, vous savez, je ne suis pas contente du tout. Elle semble être fière de prendre Sophie en défaut. Rappelez le patron.
Pas besoin : dix minutes après, le téléphone sonne. C’est Sophie elle-même. La dame lui a dit que je n’étais pas contente et la coiffeuse m’a téléphoné pour me confronter.
Je me pose la question : quel recours a le client si chaque fois qu’il fait une plainte légitime, c’est l’employé fautif qui téléphone?

Le coup de téléphone s’est terminé plutôt mal. Sophie m’a fermé la ligne au nez. Je n’ai jamais pu parler à son patron. Le client a toujours raison? Foutaise! Si l’on vous invite à vous plaindre si jamais vous n’êtes pas satisfait, ce n’est pas vrai.
Si vous vous plaignez au directeur de l’enseignant de votre enfant, attachez bien votre tuque et celle de votre enfant. Plus jamais ce ne sera vivable. Le patron et l’employé ont toujours raison, ouais. C’est ça la vérité. Le client lui, n’a raison que lorsqu’il est satisfait.


Ce texte est protégé par les droits d'auteur et n'engage que l'opinion de Francine Allard.
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