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  Éducation

HARRY POTTER, PLUS QU'UN SORCIER!

Madame J.K.Rowling n'est pas seulement une femme riche et célèbre, elle est aussi une écrivaine qui a compris. Les aventures de son Harry Potter que j'adore, ont suscité en moi d'énormes questionnemments quant au rôle de la littérature jeunesse au Québec. Et je me suis souvenue que mon premier éditeur (une maison pédagogue) m'avait envoyé le vade mecum du parfait auteur jeunesse: les héros devaient être un garçon ET une fille (pour l'équité des sexes), avoir le même âge que mes lecteurs, posséder un animal; mes phrases ne devaient pas contenir plus de 12 mots, pas plus d'un mot difficile par page et le livre, pas plus de 88 pages. L'histoire devait être simple et le temps employé, le présent de l'indicatif. Le manuscrit devait être rédigé en mode courrier 12 points. Trois hourras pour la liberté créatrice! Devant ma légendaire réaction vexatoire, l'éditeur me répondit que le Ministère de l'Éducation avait établi les exigences ci-haut décrites et que si on voulait que nos élèves lisent les romans québécois, il ne fallait pas leur présenter du matériel trop compliqué. «Les élèves se découragent vite devant les romans difficiles; déjà qu'ils ne lisent presque pas!». Je fus alors complètement découragée, moi qui trouvais déjà que notre littérature jeunesse devenait presque simpliste, que le programme du MEQ était de la purée pour édentés, que ces pauvres enfants étaient condamnés à ne pas faire d'efforts. Puis, arrivèrent les maudits Pokémon. Ces mêmes pauvres enfants eurent tout à coup assez de mémoire pour apprendre le nom des 175 héros japonais. Ils se sentirent aptes à mémoriser tous les personnages des monstrueux Dragon Ball. Fort heureusement, se pointa l'auteure J.K.Rowling avec son Harry Potter, devenu si grand, sans aucune influence de la sorcellerie. Le génie de cette écrivaine s'exprimait sans contrainte. Le vocabulaire était d'une richesse jusque-là impensable. Le nombre de pages variait entre 350 et 978 pages! S'y trouvaient des situations qui s'entrecroisaient comme des spaghettis. Des centaines de noms abracadabrants à retenir, des lieux étranges avec des appellations anglaises, des monstre et des moments effrayants. Une telle liberté dans le ton que jamais, ô grand jamais, personne n'aurait cru que les Harry Potter puissent produire un tel engouement chez les jeunes du monde entier.
Et j'ai posé un regard plutôt sévère sur notre littérature jeunesse. Et surtout, sur nos pédagogues et intervenants de tout acabit, ceux qui décident ce qui est trop difficile pour nos enfants. Ces ratatineurs de génie. Ces stabilisateurs qui décident que la lecture doit être destinée à l'enfant moyen plustôt qu'à l'enfant intelligent qui lui, en voudrait plus. Il n'y a pas de lecture de livres obligatoires dans nos écoles. Pas de livres trop compliqués pour nos pauvres petits. Et puis, tant qu'à y être, je déclare que tout le système d'éducation est basé sur ce que les enfants veulent et non sur ce qu'on devrait exiger d'eux. L'enfant-roi a désormais parlé.
J.K.Rowling a eu la sagesse de n'écouter aucun ministère de l'Éducation. Elle a écrit ses Harry Potter comme si elle ne s'adressait qu'à des enfants intelligents. Elle s'est retrouvée étrangement avec un lectorat adulte alors qu'au Québec, les adultes ne lisent pas «les petits livres pour enfants».Ils sont même à l'écart dans la bibliographie des auteurs qui, comme moi, écrivent aussi pour les adultes.
Les Harry Potter tiennent le palmarès des librairies depuis des années et ils doivent nous conduire à réfléchir sur notre propre littérature jeunesse. Sur cette facilité déconcertante avec laquelle on publie jeunesse au Québec. Sur la pauvreté du vocabulaire. Sur la simplicité des histoires. Sur le manque de rigueur éditoriale. Sur la complaisance envers les jeunes, qui, malheureusement, n'arrive pas à hisser le roman jeunesse au rang des objets de culte. Chez nous, ces élèves liront lorsque les livres représenteront un immense challenge, ce que Mrs Rowling vient de nous prouver sous la baguette d'un petit sorcier du nom de Harry Potter.


Ce texte est protégé par les droits d'auteur et n'engage que l'opinion de Francine Allard.
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