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  Éducation

J’AI RENCONTRé LE PROF!

J’ai beaucoup parlé des écoles privées en leur accordant la meilleure note. À cause de l’encadrement, de la discipline, de la motivation des élèves. Mais je n’ai pas parlé des écoles secondaires publiques qui offrent le programme d’éducation internationale ou des projets éducatifs particuliers comme le sport-études, comme la musique. Je trouve que les chiâleux qui rejettent le répertoire de l’Actualité devraient réfléchir à ceci : il y a dans le système public des groupes d’enfants triés sur le volet, qui représentent la crème des effectifs et qui, encore pire, vivent dans la même école que les «cheminements particuliers». On ne les place pas dans une école privée, on les regroupe, selon la théorie des ensembles, dans des locaux isolés des moins brillants. C’est là un des aspects que le répertoire n’a pas présenté. Il n’a pas dit non plus que c’est grâce aux élèves brillants des polyvalentes que certaines d’entre elles ne se sont pas retrouvées en fin de liste. Et, si vous avez bien examiné le répertoire, vous aurez donc remarqué que l’école privée Vanguard à Montréal se retrouve à la fin de la liste. Pourquoi? Parce que c’est une école multiculturelle. Ça m’a fait penser que si une école est presque entièrement composée d’élèves pour qui le français n’est pas la langue maternelle, peut-on y offrir le même programme de français que les écoles du Lac Saint-Jean, par exemple? Le répertoire de l’Actualité n’a pas pensé à tout ça et c’est pour cette raison qu’il est grandement discutable.

Je vous raconte. Jeudi dernier, j’étais invitée à l’école Armand-Corbeil (322ème) de Terrebonne. J’allais livrer mon témoignage d’écrivaine à trois groupes d’étudiants en PEI, un programme pour jeunes plus doués que les autres. Leur enseignant, André Côté que vous lisez quelques fois dans ma chronique du vendredi, terminait ce jour-là sa vie d’enseignant. Il a annoncé à ses élèves qu’après leur rencontre avec Francine Allard, sa retraite de l’enseignement allait débuter. Là, juste là, à 14h15, le 7 novembre 2002.

Devant moi ont défilé une centaine de jeunes immensément beaux avec toutes leurs différences. Ils avaient tous lu Mon père, ce salaud. Ils avaient tous vu La société des poètes disparus. L’atmosphère était fébrile. Ils allaient dire adieu à leur professeur préféré.

Nous avons discuté, j’ai répondu à leurs questions. J’étais évidemment très impressionnée par le niveau de leur intérêt. Plusieurs d’entre eux veulent écrire. Mais surtout, chacun d’entre eux avait reçu une influence merveilleuse, celle d’André Côté. Lisez Comme un roman de Daniel Pennac, vous comprendrez de quel genre de professeur, je parle.
J’ai vu dans les yeux de ses élèves, l’amour qu’ils portaient à cet olibrius de professeur qui les a profondément aimés. Qui les a assez aimés pour leur transmettre la passion d’apprendre, et la nécessité de se distinguer surtout dans cette société d’aplanissement. Les élèves d’Armand-Corbeil en EPI représentent la crème des étudiants de cette école, soit. Au même titre que des ambassadeurs. Ils rassérènent parce qu’ils sont motivés et qu’ils sont investis de noblesse dans leur comportement. Ils étonnent parce qu’ils sont capables d’aimer le français et de bien étudier. Ils ont surtout eu un enseignant différent des autres. André Côté établissait sa discipline en la présentant avec humour. Il imposait le respect des élèves en les respectant lui aussi. En les aimant surtout.

Il y a de ces enseignants merveilleux dans toutes les écoles publiques du Québec. Pas beaucoup, mais il y en a. De ces merveilleux enseignants qui transmettent plus que leur matière à enseigner, qui transmettent le génie et l’amour. Des enseignants à qui leurs élèves diront : Oh capitaine! Mon Capitaine!


Ce texte est protégé par les droits d'auteur et n'engage que l'opinion de Francine Allard.
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