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  Éducation

LE DéSESPOIR DES ENSEIGNANTS

Vous vous en doutiez, les droits d’auteur ne font vivre personne au Québec. Pour ce faire, le bon Ministère de l’Éducation en collaboration (le croiriez-vous) avec le Ministère de la Culture a mis sur pied un programme intitulé : Rencontres Culture-Éducation, permettant aux écrivains de visiter les enfants dans les écoles. Une occasion inestimable pour prendre contact avec nos lecteurs.

Je participe à ce programme depuis maintenant quatre ans. J’ai vu des enseignants corriger les travaux d’élèves pendant que je parlais; des enseignants qui buvaient mes paroles pour s’inspirer d’une autre pédagogie; d’autres encore qui rêvaient d’écrire à leur tour. J’ai vu des élèves se curer le nez pendant que je m’évertuais à secouer leur imaginaire; d’autres qui tenaient un de mes romans contre leur cœur; d’autres encore qui venaient de découvrir le monde.

Cette semaine, j’ai vu des enseignants syndiqués annuler les rencontres Culture-Éducation pour enhardir leurs mesures de pression. J’ai vu MA commission scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Iles refuser les visites des écrivains dans les écoles pour punir ses enseignants qui, m’a répondu le conseiller pédagogique, ne méritent pas ces rencontres puisqu’ils ne veulent pas faire le suivi nécessaire après la visite de l’écrivain. À la commission scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Iles, les enfants ne rencontreront pas les écrivains qui s’évertuent à écrire de belles histoires pour eux. Parce que des adultes se disputent autour d’eux.

Je crois une chose cependant. Pour une fois, les enseignants tenaient là d’excellents moyens de pression : les artistes. La culture. Ils auraient pu faire courir leur cheval de bataille et convaincre le quidam qu’ils en ont assez de croupir dans des écoles vieillottes, des bibliothèques scolaires vides, de l’assistance presque nulle, de la collaboration avec les parents quasi inexistante et une cote de popularité complètement à plat. Ils auraient pu, s’ils avaient été solidaires dans toute la province, refuser de recevoir TOUS les intervenants culturels, artistes et écrivains dans les écoles. Là, on les aurait écoutés. Parce que je dois vous le dire, la situation dans les écoles est le plus grand drame social actuel. Les enseignants méritent qu’on les écoute religieusement parce que nos enfants sont devenus des plantes carnivores.

Mais, la solidarité n’a pas été au rendez-vous. Encore une fois. Les syndicats n’ont pas arrimé leurs mesures de pression. Certaines écoles ne reçoivent pas les écrivains. D’autres ne s’occupent pas des recommandations de leurs représentants syndicaux et ouvrent leurs classes à la visite.

Pendant ce temps-là, les enfants s’interrogent et se demandent comment respecter ces adultes qui ne savent même pas que l’imaginaire des livres est étroitement lié à l’enseignement du français.


Ce texte est protégé par les droits d'auteur et n'engage que l'opinion de Francine Allard.
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