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  Éducation

L’ORGUEIL ENFOUI

«Je me suis fait réveillé par ses doux baisé»; « Si tu sais, je t’en prix, dis le mois»; «je ne veux pas allé me coucher»; « si tes orteils sont refroidies»…« quelle bizarrie!».

Vous croyez ces bouts de phrases tirés de la production écrite d’un élève de troisième année? Et bien, vous êtes dans les patates. Ce texte m’a été proposé par une jeune enseignante, une diplômée en sciences de l’Éducation de l’Université de Montréal qui m’a entendu dire que je cherchais de bons textes pour les petits lecteurs d’albums illustrés.

Ce n’est pas tant l’orthographe déficiente de cette enseignante qui m’a le plus ébranlée. C’est sa totale inconscience. C’est ça, le plus grave. C’est qu’au lieu de me dire : «vous savez, Mme Allard, je ne les ai pas corrigés, mes textes, excusez mes fautes», elle est restée muette en me les remettant et m’a donné son numéro de téléphone au cas où ses textes seraient assez intéressants pour être publiés.

Et comment expliquer à une personne qui enseigne la bonne orthographe à des élèves de troisième année qu’elle-même ne la connaît pas, sans lui faire de la peine? Comment dire à tous ces apprentis écrivains que leurs fautes de syntaxe et d’orthographe me donnent des boutons sans qu’ensuite ils rapportent à leurs élèves que la madame est une bien mauvaise auteure pour la jeunesse? Comment dire la vérité, dans cette ère de complaisance, sans ajouter des ennemis à notre carnet? Comment dire la vérité, tout court sans se faire détester?

Je vis dans un milieu où il y a des centaines d’auteurs de trop, où il y a des centaines de publications de trop, où il y a des éditeurs et des subventions de trop, alors pourquoi ne pas choisir que ceux qui connaissent leur langue sur le bout des doigts? Les enseignants qui ne connaissent pas leur langue et qui l’enseignent; les écrivains qui ne connaissent pas leur syntaxe et qui écrivent; les critiques littéraires qui savent mais qui ne résistent pas à la complaisance; voilà où nous en sommes. Essayez donc de gagner une médaille d’or aux Olympiques en ski acrobatique si vous ne savez pas quoi faire avec une paire de skis dans les pieds!


Ce texte est protégé par les droits d'auteur et n'engage que l'opinion de Francine Allard.
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