Retour à l'accueil

  Éducation

LES MARTYRS ENSEIGNANTS

Voici une histoire vraie à l’usage de ceux qui ne me croient pas que les enfants dans les écoles sont des monstres et que les enseignants sont des espèces de casques bleus diplômés.
Premièrement, je dois vous dire une chose importante : les enseignants n’ont qu’une année de moins d’études universitaires que les médecins. Ils gagnent 35 000$ au lieu de 200 000$. Ils ont devant eux TOUS les enfants du peuple québécois sans exception. Les petits amours comme les petits morveux immondes. C’est important de se mettre ça dans la tête pour comprendre ce qui suit.

La semaine passée, je suis allée passer ma troisième journée dans une école primaire de Ville Émard. Je ne la nommerai pas même si j’en ai bien envie. Je suis allée dans la classe de 6ème année d’une enseignante à 4 ans de la retraite. Une femme exceptionnellement dévouée, qui fait tout plein de projets dans sa classe, malgré les cinq réformes pédagogiques qui se sont succédées, et qui aime les enfants comme s’ils étaient toute sa vie. Appelons-la Jocelyne.

Jocelyne enseigne à des enfants doués puisqu’ils sont inscrits dans un programme d’anglais intensif et qu’ils arrivent à faire leurs matières académiques dans une période de cinq mois.
Quand j’y suis allée, c’était pour écrire une histoire avec eux et ensuite, procéder au lancement de ce livre comme si on était au lancement des Éditions Triptyque à la Bibliothèque nationale. Discours, lectures et tout. Jocelyne leur avait acheté des pop sicles et des fudges glacés pour l’occasion. Une enseignante qui connaît bien les enfants.

À l’heure du dîner, elle s’est mise à me raconter tout ce que ses élèves lui ont fait vivre. Une fillette de sa classe et six de ses copines se sont mises à lui téléphoner à la maison. La voix au téléphone demande à parler à Francis, son mari. Puis, comme Francis est absent, la voix dit :
« Je couche avec ton mari, chère Jocelyne.» Les filles ont téléphoné souvent et ont raconté plein de bêtises à leur enseignante qui a fini par retracer, grâce à étoile 69, d’où proviennent les appels. Elle téléphone alors aux parents de la fillette qui fait du harcèlement téléphonique.
La mère avoue que sa fille a invité des copines pendant que les parents étaient au travail. Les autres mères sont avisées mais nient l’affaire. Un père envoie même une lettre d’insultes à Jocelyne. Il fait une plainte à la commission scolaire. Il affirme que Jocelyne ne sait pas enseigner. Jocelyne exige que les élèves et leurs parents lui adressent une lettre d’excuses.
Les parents s’y opposent. Ils se liguent contre l’enseignante. Les filles, toujours dans la classe de Jocelyne, affichent des sourires de bravoure. La direction de l’école s’en est mêlée mais a demandé à Jocelyne d’oublier tout ça. Faut dire que la directrice prend sa retraite dans quelques jours.
Depuis les événements, Jocelyne est obligée de sourire, de faire avec. Lorsqu’il m’est arrivée d’être cinq minutes avec les élèves toute seule, les filles m’ont dit : elle veut pas nous voir la face! C’est rien qu’une crisse! La haine a gagné presque toute la classe. Et pourtant, je vous jure que vous aimeriez Jocelyne tellement elle est dévouée et maternelle et tout et tout.

J’ai peur pour l’avenir. Que feront tous ces petits monstres égoïstes lorsqu’ils se retrouveront tous ensemble pour mener la société. Ils vont faire comme les petits opossums : ils vont se bouffer entre eux.


Ce texte est protégé par les droits d'auteur et n'engage que l'opinion de Francine Allard.
2022 © Francine Allard.com. Tous droits réservés.


Retour en haut