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  Éducation

UNE SOCIéTé POLITIQUEMENT CULTURELLE

Comme plusieurs d’entre vous le savent, je collabore souvent à des manuels de français au primaire. Ces maisons pédagogues, pour être certaines de ne pas dépenser leur argent pour rien et pour s’assurer que le Ministère de l’Éducation appuiera leur méthode d’apprentissage, établissent des critères que les auteurs comme moi, doivent suivre à la lettre.

Ces dernières années, vu le nombre grandissant d’immigrants au Québec, il a fallu que mes textes soient représentatifs des communautés culturelles. Ainsi, retrouve-t-on une grosse quantité de personnages de toutes origines, rendant le petit Québécois presque minoritaire dans les manuels scolaires utilisés dans nos écoles québécoises. Il y a eu une période où il fallait absolument trouver un enfant handicapé par tranche de huit enfants dans les illustrations des manuels scolaires. Maintenant, les textes doivent être imprégnés des diverses cultures qui truffent le Québec (lire Montréal) pour, paraît-il, aider les enfants des immigrants à mieux se reconnaître dans l’apprentissage de la langue française.

Je viens de collaborer à 16 fascicules chez un éditeur scolaire approuvé par le MEQ et figurez-vous qu’une très grosse quantité (25% demandés par le MEQ) de personnages sont d’origine asiatique ou hispanique. On a mis toute l’emphase sur la diversité culturelle des élèves. Normal? Je vous aurais dit oui s’il n’y avait pas eu toute cette controverse au sujet de l’arbre de Noël devant l’Hôtel de Ville de Montréal.

Pas d’arbre de Noël, donc, pour respecter les immigrants qui ne s’identifient pas à cette fête. Et nous, les pauvres caves, on assiste à la parade de la Saint-Patrick, au nouvel an laotien, à la fête des africains de Montréal (La Carifête) et chez nous, on ne fêtera pas Noël ouvertement pour ne pas déplaire aux immigrants? Comment pensez-vous que les enseignants dans les écoles du Québec peuvent composer avec tous ces enfants bouddhistes, musulmans, Témoins de Jéhovah ou Mormons? Un tel ne fait pas ceci. L’autre n’a pas le droit à cela.

Le Québec est devenu irrespirable. À cause de notre mentalité éponge. Cette propension à s’abreuver de tout ce qui bouge qui n’est pas nous-mêmes. On se moque des coupes de cheveux Longueuil, on se moque de nos travers en visionnant Elvis Gratton ou La Florida; on critique Ginette Reno ou Céline Dion que l’on juge quétaines; et tout bonnement, en silence, nous sommes en train de devenir des immigrants dans notre propre pays.

Je suis d’accord avec les piñadas mexicaines, avec les pastillas marocains, avec les couscous libanais, avec les paëllas espagnoles, avec le tzaziki grec, avec les baguettes chinoises, avec l’huile d’olive italienne première pression, avec l’apprentissage de toutes les langues, avec la parade des Irlandais, mais il convient de conserver résolument notre culture. Invitons les immigrants à notre table et servons leur de la tarte à la ferlouche, des pattes de porc et de la tourtière. N’ayons aucune crainte de décorer nos sapins, et de manger des atacas. Le Noël québécois est ainsi fait et je suis sûre que les immigrants seront les premiers à giguer et à jouer de la cuillère!
Si l’on sait se faire respecter.


Ce texte est protégé par les droits d'auteur et n'engage que l'opinion de Francine Allard.
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