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  Politique

LE TRAFIC D’INFLUENCE

On parle beaucoup ces temps-ci du lobbying, du trafic d’influence, du protectionnisme. On houspille les politiciens parce qu’ils ont aidé un ami, les commettants de leur comté, qu’ils ont tiré des ficelles. Mais, vous vous attendiez à quoi? Vous iriez, vous, à Québec ou à Ottawa à toutes les semaines et ne pas vous servir de votre crédibilité pour aider quelqu’un que vous aimez? Vous pensez sérieusement que les gens vont en politique pas esprit de dévouement? Que Liza Frula, qui avait entamé une brillante carrière à la télévision, s’est lancée dans la politique fédérale avec la seule intention de se dévouer pour ses semblables? Quelle naïveté! Elle était vachement plus utile lorsqu’elle était animatrice d’une émission d’affaires publiques à Radio-Canada qu’elle ne le sera jamais à Ottawa!

J’ai comme la plupart d’entre vous, fait du bénévolat politique. Des campagnes de financement. Du porte à porte pour un candidat. Des milliers de téléphone pour assurer le vote. J’en ai mangé des sandwiches assises dans un bureau de votes à l’école primaire de mon quartier. Et chaque fois, j’ai eu besoin de mon député. Pour le financement d’une cause sociale ou humanitaire. Pour que mon gendre se libère de l’Immigration canadienne. Pour que ma fille se trouve un emploi. Vous avez fait la même chose, allons. Arrêtez de vous en défendre. On ne fait pas non plus du bénévolat politique pour faire provision d’indulgences plénières! On fait du bénévolat politique au cas où cela pourrait nous servir. Ce sont des choses tout à fait prévisibles. On donne du temps, on veut recevoir des traitements de faveur. C’est le propre du bénévole de devenir un téteux professionnel.

Mais là où les choses s’enveniment, c’est quand ces mêmes élus se servent de leur pouvoir pour détruire ceux qui n’ont PAS ÉTÉ bénévoles pour eux. On empêche alors un citoyen d’avoir sa subvention, de soumettre un appel d’offre; on «parle» à un fonctionnaire pour que tel jeune n’ait pas son travail d’été. Ce n’est pas le bon gros pouvoir politique des élus qui est le pire. Tous les Gagliano, les Boudria, les Landry de ce monde peuvent aller se rhabiller. C’est le petit pouvoir sale et insidieux qui est le pire. Tous ces petits directeurs de magazines qui ne laissent pas passer une lettre d’opinion; tous ces écrivassiers en poste dans les maisons d’édition qui refusent de publier un auteur bavard; c’est ce membre du jury au Conseil des arts qui refuse une bourse d’écriture à un ennemi personnel; c’est ce fonctionnaire venimeux qui place votre formulaire en dessous de la pile.

Les petites gens ne pèsent pas lourd dans la balance de l’opinion publique. Elles se servent alors de leur petit pouvoir pour déstabiliser puisqu’elles n’ont pas celui de vous faire tomber tout à fait. Vous en connaissez, je suis certaine.


Ce texte est protégé par les droits d'auteur et n'engage que l'opinion de Francine Allard.
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