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  Santé

LES URGENTOLOGUES… POUR LES CAS URGENTS

Quand mon conjoint a fait sa médecine au début des années soixante-dix (après un cours classique presque complété), il a dû faire cinq ans de médecine (physiologie, anatomie et cetera) et une année d’internat au cours de laquelle il faisait un stage de deux mois dans une urgence. Là, il voyait principalement des cardiaques et des polytraumatisés (accidents de la route, grands brûlés). Il apprenait à évaluer, diagnostiquer et à stabiliser les patients en attendant qu’ils soient pris en charge par les spécialistes (chirurgien, par exemple). Deux mois dans une urgence! Puis, on l’a envoyé à la clinique d’urgence de l’Hôpital Notre-Dame où il a, comme tous ses chums, appris sur le tas.

Enfin, installé dans un bureau à Laval, il a fait de l’assistance opératoire et des soins intensifs. Actuellement, il jure qu’il ne pourrait plus travailler à l’urgence parce qu’il ne connaît pas les nouvelles techniques. Il avoue même qu’il serait dangereux pour les patients s’il devait retourner travailler à l’urgence comme le souhaite le Ministre Legault.

En 2002, un jeune médecin doit faire cinq ans de médecine (après un DEC), deux ans de médecine familiale et s’il veut devenir urgentologue, doit faire un cours d’une année en médecine d’urgence (peut-être deux).
Je lui ai demandé s’il croyait que les jeunes médecins sont mieux formés que l’ont été les médecins en 1975. Il n’a pas hésité : les jeunes médecins sont beaucoup mieux formés.
À mon avis, la grande différence entre les vieux médecins et les jeunes réside dans le sens du dévouement. La vocation telle qu’on la voyait avant. Je vous en ai déjà parlé : aujourd’hui, c’est la qualité de vie qui compte. Et ils ont raison. C’est à la Faculté de médecine de se résoudre à former plus de médecins parce que des médecins qui travaillent 90 heures par semaine, c’est fini! Et qu’avec 87% de filles en médecine, on a une médecine plus humaine mais une médecine déficitaire puisque les filles continuent à aimer la maternitude, à faire l’épicerie et à soutenir la famille à bout de bras.
Je demandais à mon conjoint : et si survenait une catastrophe, un tremblement de terre, un glissement de terrain ou autre cataclysme du même type, les médecins de famille seraient-ils capables de faire de la médecine d’urgence? Il m’a répondu : ça reviendrait assez vite, peut-être mais je suis sûr qu’on perdrait plus de patients. J’ai continué : « Tu n’as jamais fait d’accouchements mais pourrais-tu accoucher une femme, dans un cas d’urgence?» Il m’a répondu : « Je ferais mon possible».
Alors, à cette ère de sur-spécialisation de la médecine, chacun son domaine. Les médecins de famille, portes d’entrée du système font le suivi de la clientèle lourde (diabète, insuffisance cardiaque, maladies pulmonaires chroniques, maladies vasculaires); voient les patients pour du dépistage, surveillent la tension artérielle, font passer des tests diagnostics, font de la prévention, font surtout de la psychiatrie de brousse. Mais, ils seraient pourris dans une urgence. Il faut que le Ministre Legault comprenne ça, même si lui-même dirige un ministère dont il ignore tous les rouages.
On ne joue pas avec la vie des gens.


Ce texte est protégé par les droits d'auteur et n'engage que l'opinion de Francine Allard.
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